Un mot revient dans toutes les préparations de tournage, souvent sans qu'on le définisse jamais clairement : le moodboard. Ce cours en pose la définition de référence pour tout votre cursus — les cours voisins qui utilisent des planches d'images s'appuient sur cette définition plutôt que d'en proposer une variante.
Cette définition tient en une phrase mais elle porte une distinction essentielle, souvent mal comprise par les débutants : un moodboard n'est pas une planche de plans à copier. Une image de moodboard peut montrer une teinte de mur totalement différente de celle de votre lieu réel, un vêtement d'un tout autre pays, un objet que vous ne trouverez jamais — et rester parfaitement utile, parce que ce qu'on en retient n'est jamais l'objet lui-même, mais la qualité qu'il incarne : une lumière rasante, une palette désaturée, un contraste de matières brutes et de tissus fins.
Sur un tournage de un à cinq personnes, sans chef décorateur ni chef opérateur dédié à plein temps sur la préparation, le moodboard joue un rôle irremplaçable : il donne à toute l'équipe — comédiens compris — une image commune de ce vers quoi le film tend, avant même que le premier lieu soit visité. Sans lui, chaque membre de l'équipe se construit sa propre image mentale du film à partir des seuls mots du scénario, et ces images divergent presque toujours.
Un moodboard efficace tient en 6 à 10 images maximum, organisées autour de 2 à 3 qualités précises que vous cherchez à faire percevoir — jamais un inventaire exhaustif de tout ce qui vous plaît visuellement. Chaque image ajoutée doit répondre à la question : quelle qualité précise cette image apporte-t-elle, que les autres n'apportent pas déjà ? Si vous ne pouvez pas répondre, l'image est décorative, pas fonctionnelle.
Sourcer ces images n'exige aucun budget particulier : photographies personnelles, captures d'écran de films (à des fins pédagogiques et de préparation, jamais de diffusion publique), peintures, textiles photographiés en marché. Le chapitre consacré à la culture de l'image dans votre cursus (analyse de peinture, photographie, bande dessinée) vous donne des outils supplémentaires pour enrichir ce sourcing — mais ce cours-ci reste centré sur l'usage du moodboard pour la conception matérielle d'un film, pas sur la culture visuelle générale qui l'alimente.
Le moodboard tel que défini ici reste un document d'intention générale, utile dès la conception du projet et avant même le repérage. D'autres cours de votre cursus construisent, à partir de cette même base, des documents plus spécialisés et plus prescriptifs pour des usages précis — notamment un document adressé spécifiquement au chef opérateur, qui ajoute des légendes prescriptives et des contraintes de production propres à la lumière et au cadrage. Ce document plus spécialisé reste une version augmentée du moodboard tel que défini ici : il en partage la logique de référence par qualité, mais y ajoute un niveau de prescription que le moodboard, par définition, ne porte pas.
Vous disposez maintenant des deux outils fondateurs du cours : l'intention écrite et le moodboard visuel. L'atelier qui suit vous demande de les produire ensemble, sur un projet de court-métrage de votre choix.