Titre : « Le dernier car ». Aïda Diop, 27 ans, quitte Dakar ce soir pour un contrat à l'étranger. Son frère aîné, Karim Diop, 34 ans, l'apprend le jour même et n'est pas d'accord. Leur père est décédé récemment — un deuil encore ouvert dans la famille, qui pèse sur la scène 1 sans jamais y être nommé frontalement.
Synopsis : Aïda annonce son départ à Karim. Dialogue confrontationnel à deux, statique puis les deux personnages se lèvent et se déplacent dans la cour.
INT/EXT JOUR — COUR FAMILIALE, YOFF
Aïda est assise sur un tabouret bas, une valise fermée à ses pieds. Karim entre dans la cour, encore en tenue de travail.
KARIM — On m'a dit que tu pars ce soir. AÏDA — (elle se lève) C'est vrai. KARIM — Sans m'en parler. AÏDA — Je t'en parle maintenant. KARIM — Maintenant, c'est-à-dire quand la valise est déjà faite. AÏDA — Si je te l'avais dit avant, tu aurais trouvé une raison de plus pour que je reste. KARIM — Et j'aurais eu raison. Papa n'est pas encore froid dans sa tombe, Aïda. AÏDA — (elle attrape la valise) C'est justement pour ça que je pars. KARIM — (il lui bloque le passage) Tu ne pars pas comme ça, devant moi, sans qu'on ait fini de parler. AÏDA — On a fini, Karim. Le car est à vingt heures.
Aïda contourne Karim. Il la regarde traverser la cour vers le portail. Il ne bouge pas.
KARIM — (plus bas) Et moi, je fais quoi, ici, tout seul ?
Aïda s'arrête, la main sur le portail. Elle ne se retourne pas.
AÏDA — Tu continues, Karim. Comme moi je vais continuer, là-bas.
Elle sort. Karim reste seul au milieu de la cour.
Enjeu. Aïda risque de perdre son départ — donc son contrat, donc son avenir — si Karim parvient à la retenir avant l'heure du car.
Opposition. Karim, qui invoque le deuil récent du père pour faire revenir Aïda sur sa décision, puis qui la bloque physiquement.
Basculement. La réplique « Et moi, je fais quoi, ici, tout seul ? ». Karim abandonne le reproche moral pour révéler sa propre vulnérabilité ; le rapport de force s'inverse, ce n'est plus Aïda qui doit se justifier.
Point de vue. Univoque puis glissant : Karim au début de la scène (il découvre le fait accompli, comme le spectateur), Aïda à partir du basculement (elle perçoit pour la première fois la vulnérabilité réelle de son frère).
Blocs dramatiques :
Bloc | Bornes | Intention dominante | Ce qui change |
|---|---|---|---|
1 — Le reproche | De l'entrée de Karim à « une raison de plus pour que je reste » | Karim cherche une explication, pose une accusation implicite | Aïda se défend sans céder de terrain |
2 — Le blocage | De « Et j'aurais eu raison » au blocage physique du passage | Karim passe de la parole à l'obstacle concret | Le rapport de force durcit, devient physique |
3 — Le basculement | « Et moi, je fais quoi, ici, tout seul ? » | Karim passe du reproche à l'aveu de vulnérabilité | Le rapport de force s'inverse |
4 — La sortie | Dernière réplique d'Aïda et son départ | Aïda clôt sans réconciliation ni rupture définitive | Fin sans résolution du conflit |
Synopsis : après la dispute de la scène 1, Karim se rend au marché de Sandaga, où il sait qu'Aïda doit récupérer un dernier paiement avant son départ. Il la cherche dans la foule, la perd de vue, la retrouve, tente une dernière fois de la convaincre. Aïda se dérobe physiquement — par la foule, les étals, les allées — plutôt que verbalement.
Éléments clés : figurants nombreux, plusieurs axes de circulation (allées perpendiculaires, étals comme obstacles visuels), peu de dialogue (répliques brèves, cris de marchands en fond sonore). L'enjeu ne se joue plus par les mots mais par la proximité physique et la perte de vue répétée entre les deux personnages — matière à géographie de l'action et à lisibilité du mouvement, davantage qu'à découpage dialogué.
Synopsis : Aïda attend seule sur le quai, bagages à ses pieds, dans la faible lumière des néons de la gare routière. Karim arrive, essoufflé après avoir couru depuis le marché. Il ne parvient pas tout de suite à parler. Un long moment sans dialogue — regards, attente, le car qui manœuvre en arrière-plan — précède quelques répliques brèves avant qu'Aïda ne monte dans le car.
Éléments clés : utile pour le plan-séquence (un mouvement continu possible de l'arrivée de Karim jusqu'au départ du car), l'optique longue focale (isoler les visages dans le bruit visuel de la gare), la lumière de nuit (contre-jour des phares, néons), la continuité de costume et d'accessoires (les mêmes bagages qu'à la scène 1, la tenue de voyage d'Aïda inchangée depuis la cour).