Prenez la page « Sections » du site d'un festival, celle qui liste en quelques lignes chaque catégorie de programmation avec ses critères. C'est l'une des pages les plus denses en information d'un site de festival, et l'une des moins lues attentivement. Un réalisateur pressé regarde la deadline et le formulaire ; il devrait d'abord regarder cette page, parce qu'elle indique où, précisément, son film peut prétendre entrer — et ce que chaque emplacement produit une fois le film sélectionné.
La compétition officielle est la section la plus disputée d'un festival, celle qui donne accès aux prix et à la visibilité maximale de l'édition. Elle porte presque toujours les conditions d'éligibilité les plus strictes : exigence de première (traitée en détail dans la leçon suivante), limites d'ancienneté du film, parfois restriction géographique sur la nationalité du réalisateur ou de la production. Une compétition officielle engage aussi le plus le festival : il y associe son nom, son jury, sa communication. C'est pourquoi elle est la section la plus difficile d'accès, et celle où l'adressage doit être le plus rigoureux.
Un panorama rassemble des films déjà remarqués ailleurs, sans viser l'exclusivité d'une première. C'est souvent l'entrée la plus réaliste pour un film qui a déjà commencé sa circulation, ou qui n'a pas préservé une première internationale ou nationale. Un panorama n'a pas le même prestige qu'une compétition, mais il remplit une fonction différente et non négligeable : élargir le public d'un film et consolider une présence dans un circuit, sans les mêmes contraintes d'éligibilité.
Un focus thématique ou géographique — sur un pays, une région, une problématique — révèle directement la ligne éditoriale d'un festival à un moment donné. Un film qui correspond exactement à un focus annoncé a une probabilité de sélection nettement supérieure à celle d'un film équivalent adressé à la compétition générale, précisément parce que le festival a explicitement signalé ce qu'il cherche cette année-là. Vérifier l'existence d'un focus correspondant à votre film, avant de soumettre, fait partie du travail d'adressage décrit à la leçon précédente.
Beaucoup de festivals organisent des sections dédiées à un public ou à un format précis : programmes jeunesse, sections réservées aux films d'écoles de cinéma, compétitions de courts métrages distinctes des longs, sections consacrées aux formats émergents. Ces programmes spécialisés ont souvent des critères d'éligibilité propres — durée, statut de l'école, âge du public visé — distincts du reste du festival. Un film d'école, par exemple, peut avoir accès à une section réservée qui n'entre pas en concurrence avec la compétition générale, ce qui change complètement le calcul de probabilité d'une soumission.
Une fois un film retenu, la section dans laquelle il est programmé continue à produire des effets après la projection : elle détermine la nature du public présent dans la salle, la probabilité de rencontrer des professionnels si la section est adossée à un marché, et parfois l'éligibilité à des prix ou des accompagnements ultérieurs réservés à certaines sections. Choisir la bonne section n'est donc pas qu'une question d'entrée : c'est une question de suite.
La leçon suivante approfondit une notion mentionnée à plusieurs reprises ici sans être définie : la première, ce qu'elle vaut selon son échelle, et pourquoi un festival la protège autant.